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06/10/2006

Le dicton du jour

Des fois, j'ai pensé mettre fin à mes jours. Mais je ne savais jamais par lequel commencer.

Prévert, Jacques

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                           Un village écoute désolé
                                Le chant d'un oiseau blessé
                                 C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village
Qui l'a à moitié dévoré
Et l'oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l'oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l'oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n'arrête pas de pleurer
Si j'avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis je t'aurais raconté
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler jusqu'au bout du monde
Là-bas c'est tellement loin
Que jamais on n'en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets

Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

medium_pl015_jacques-prevert-paris-1955-posters.jpg

 

 

 

 

Soudain l'homme se réveille
au milieu de la nuit
il est saisi par le malaise
et il écoute malgré lui
le silencieux vacarme de l'angoisse
le bruit qui ne fait pas de bruit
le silence qui hurle à la mort
dans le grand coquillage de la nuit
ce bruit aphone... ce bruit de cendres...
l'homme tente vainement de se défendre contre lui
mais le bruit continue son terrible et calme petit
bruit
de bruit qui ne fait aucun bruit
alors l'homme saute à bas du lit
il ouvre la fenêtre
il demande à la rue de faire quelque chose
il la supplie de faire du bruit
du vrai bruit vivant comme la vie
mais la rue reste muette comme une lanterne sourde
muette comme une chouette qui serait muette
comme une palourde
la fenêtre donne sur un cimetière
un mur avec derrière sous terre des morts
et pas un chat
seulement le bruit qui ne fait pas de bruit
et qui se promène
dehors
dans le paysage de la mort
dans le paysage de la nuit
et l'homme se cogne la tête contre le mur
son sang jaillit
comme une source
une source qui ne fait pas de bruit
et l'homme entend toujours l'atroce murmure
la froide clameur de l'insomnie
et vaincu comme un homme qui meurt
il s'écroule sur le tapis
soudain
les oiseaux du Père Lachaise se réveillent et déchirent la nuit
et le soleil aussi se lève
pâle comme les gens qui n'ont pas dormi
où donc a-t'il passé la nuit
peut-être chez les filles du malaise
là-bas... très loin... en malaisie
l'homme se relève aussi
saignant et grelottant du froid de la nuit
il se cramponne à la barre d'appui
il regarde le soleil briller
rescapé du naufrage de la nuit
il écoute tous les bruits de la vie
il est bouche bée
émerveillé
son visage est ensanglanté
il sourit.
 

 

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